

Nîmes la méditerranéenne cultive par-dessus tout l’art du bien vivre. Au moindre rayon de soleil (chez nous il brille 300 jours par an), les terrasses et les conversations s’animent, la ville jubile. Et, des halles aux arènes, des jardins de la fontaine aux cours discrètes des hôtels particuliers, quel que soit le temps, la convivialité demeure.
Nîmes aux influences romaines a beaucoup de mémoire. Mémoire sculptée pour l’éternité dans la majesté élégante de ses monuments romains, toujours présents dans la cité, qui se moquent des modes et des nostalgies. Rome est ici chez elle, depuis toujours, et pour longtemps encore, de Nemausa la source originelle à la maison carrée, des arènes au fameux pont du Gard qui aujourd’hui, à travers une grande exposition, retrace l’exceptionnelle aventure de l’aqueduc gardois. Ce passé là, gravé dans l’architecture, n’a pas pris une ride et a fixé une fois pour toutes un style qui s’est perpétué au fil des siècles avec la même cohérence, la même authenticité. Les jardins de la Fontaine, les hôtels particuliers dispersés dans le périmètre historique ou les grands aménagements contemporains, dont le navire de lumière du Carré d’Art, œuvre de Lord Norman Foster, dessinent en douceur et en profondeur les mutations du temps.
Nîmes carmarguaise, cité des confluences aux portes du delta du Rhône, à l’orée de la de la mer, là où les jeux de miroirs du ciel et des marais irriguent l’imaginaire des hommes. Ce n’est pas seulement un terrain de jeu, voué à l’élevage des chevaux et des taureaux. Et c’est mieux qu’un sanctuaire naturel encore préservé ou l’un des grands refuges européens des oiseaux migrateurs. La Camargue est dans l’intimité de Nîmes, à la fois éden secret, source de traditions et manière d’être. Festive d’abord ! Musique en tête et chevaux au galop, culte du taureau chevillé au corps, et fleuves humains qui font tanguer les boulevards…..
La Féria depuis plus d’un demi siècle, est l’une des plus grandes fêtes d’Europe, et ce n’est pas un hasard. La tauromachie importée d’Espagne s’est épanouie ici en cohérence, en écho à ces courses camarguaises qui continuent à faire vibrer les villages du delta, et de Nîmes, deux fois par an.
Nîmes aux cultures cévenoles, c’est la beauté crue des hautes terres, une mosaïque de vallées et de villages repliés sur leur silence gris ardoise, territoire à la fois secret et orgueilleux, où Nîmes a puisé des trésors d’énergie et d’humanité. Terre de la Réforme, qui a laissé sa marque et promu Nîmes haut lieu du protestantisme, mais aussi terre de filatures de soie et de mines, terre de résistance durant la deuxième guerre mondiale et de lutte ouvrières. L’arrière pays cévenol est un site majestueux et rebelle qui a forgé bien des traits de caractère singulier de Nîmes. Sa pudeur, sa fierté, entre autres, et aussi cet attachement pour une civilisation rurale ailleurs disparue. Les Cévennes restent un pays d’aventures, et d’émotions intactes, là à deux pas de la ville qui se dévoile par brides, au fil de lentes déambulations.
Nîmes la provençale avec le privilège des poste frontières : encore en Languedoc, Nîmes est déjà en Provence. La Provence des couleurs et des parfums, la Provence du savoir-vivre et des gourmandises, celle de l’olivier et de son huile précieuse, celle qui jongle avec les herbes parfumées de la garrigue, l’ail, l’anchois ou la morue battue en brandade, et se délecte avec un vin de son terroir des costières de Nîmes. La Provence qui évoque d’un coup de lumière, la chaleur, l’été. Alors, on va se réfugier à l’ombre d’une tonnelle, autour d’une table colorée. Au menu quelques merveilles glanées au hasard des étals des Halles centrales, cathédrale gourmande de la cité. Anchoïade et tapenade, brandade de morue et olives du cru (picholines), petite friture de rougets du Grau-du-Roi, une poignée de tellines des plages de Camargue, quelques côtelettes d’agneau de Nîmes à la braise, pélardon des Cévennes pour seul fromage et plateau de fruits frais des vergers de Saint-Gilles, le tout arrosé bien sûr de Costières de Nîmes.
Enfin, Nîmes aux passions méditerranéennes est devenu aujourd’hui ce que fut Rome par le passé. C’est la grandeur ancienne, le rayonnement des origines, l’époque où Nemausus, ville des thermes et de culture, se paraît de monuments raffinés pour asseoir son prestige dans la province narbonnaise. Aujourd’hui, la cité des Antonins a le cœur en Espagne, du côté de Séville et du Guadalquivir, dont le delta renvoie tout à coup à la camargue. Vraies affinités, tissées peu à peu autour des traditions vivantes, taureau en tête, des fêtes populaires où le Flamenco, désormais enraciné, n’est plus simple exotisme. Il est ici question d’art de vivre, de convivialité, d’attachement profond à un territoire, une culture populaire. Nîmes est à mi-chemin de l’Italie et de l’Espagne et pas seulement du point de vue géographique. En effet, son histoire, son architecture, ses traditions, son langage même, convergent cap aux suds, Méditerranéenne plus que jamais






